Jeudi, 8 septembre 2011
Jeudi confessionUn an bientôt que ma marraine & grand-mère est partie.
Toute petite, et ce à tous les soirs dans ma chambre, je me rappelle avoir versé une larme en silence en priant le petit Jésus de ne pas amener ma grand-mère tout de suite, parce que «je l’aimais trop». Le concept de la mort se résumait pour moi à un petit chien raide dans une boîte, ou à un oiseau noir sans vie qu’on ne peut toucher parce que c’est plein de «bibittes». Mais à la perspective de perdre ma grand-mère, j’étais apeurée et triste.
Aujourd’hui, je ne pleure plus, car cette étape ultime est franchie. Oui, bien sûr, il m’arrive d’être nostalgique et de souhaiter qu’elle soit là, ne serait-ce qu’une après-midi. Elle m’offrirait un de ces muffins aux bleuets géants que je n’arrive pas à reproduire et nous partagerions une poche de thé. Elle me raconterait l’amour de sa vie, ce grand-père que j’ai l’impression de connaître sans jamais l’avoir rencontré.
Parfois, je vois un vêtement qu’elle aurait trouvé beau et ça me fait sourire. D’autres fois, ses paroles me reviennent en tête au bon moment ou des images de ce que nous avons fait m’amusent. Le plus souvent, elle me manque parce que j’aurais voulu qu’elle voit mes filles, qu’elle essaie de leur faire aimer le beurre d’arachides ou autre mission qu’elle se serait donnée. Elle verrait à quel point je m’en sors bien et en toute humilité je crois qu’elle serait fière de moi, non pas pour ce que j’ai, mais pour ce que je suis.
Ma grand-mère était une femme forte, élégante, et très drôle. Elle retenait les blagues et les racontait avec un talent rare. Lorsque je l’accompagnais à ses traitements, c’était comme une fête, aussi étrange que cela puisse paraître. Nous étions bien ensemble, et elle riait de bon coeur en racontant des blagues dans la salle d’attente pour détendre les autres patients. Elle avait aussi un caractère prompt, ce qui faisait d’elle une femme vraie et transparente.
Parler de ma grand-mère n’est pas d’intérêt public et probablement que cette histoire n’est rien d’autre qu’une publication supplémentaire sur le Web. Mais qu’importe, en ce jeudi confession, pour emprunter le terme Twitter.
La veille de sa mort, elle m’a dit que lorsqu’elle serait guérie elle viendrait voir mon nouveau chez-nous. Nous avons parlé du train, et ça rejoignait beaucoup ses souvenirs de jeunesse. Quelque part, je sais qu’elle a tenu parole. Mine de rien, elle est ici, avec moi, et elle m’accompagne un peu chaque jour à travers la femme et la maman que je suis devenue.
Je t’aime, Men xxxx
J’espère qu’il y a des magasins et de la musique là-haut.
Caro



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